À contre-courant du surf business
L’artisanat suisse au service d’un surf plus responsable
Installés à Lausanne, loin des clichés trop huilés du surf business, Faustine et Kevin tracent leur propre ligne. À mille lieues des productions industrielles venues de l’autre bout du monde, ils conçoivent à la main des planches de surf qui ont du fond, du style, et une vraie conscience.
Amoureux de l’océan et voyageurs, ces deux shapers suisses sillonnent le globe avec leurs planches, testant eux-mêmes chaque modèle dans des conditions réelles. Car ici, rien n’est laissé au hasard : chaque courbe, chaque ligne, chaque finition est le fruit d’années de recherche, de sessions à l’eau, et d’un amour profond pour des sensations pures.
Leur source d’inspiration ? Les twin fins des années 70, ces planches au look compact, au design épuré mais redoutablement performant. Plus volumineuses, plus joueuses, elles glissent vite, rament facilement, et offrent une alternative résolument élégante aux modèles industriels dominants dits « shortboards ». Ce sont les planches qu’ils veulent sous leurs pieds lorsqu’ils partent surfer à l’autre bout du monde.
Ils ont réinterprété ces formes mythiques à leur manière, avec des lignes plus modernes, des volumes revisités et une recherche constante d’équilibre entre performance et plaisir. Le résultat : des planches compactes, qui tiennent la ligne tout en gardant du jeu. Idéales pour engager, relancer, explorer une glisse plus libre — loin des standards souvent trop rigides du marché.
Pas de design préfabriqué ici : les shapes, les couleurs, les résines, les finitions… tout est fait main, avec l’envie de proposer quelque chose qu’on ne voit nulle part ailleurs.
Chaque planche a une raison d’être. Si le cœur de leur travail gravite autour du twin fin, ce n’est pas un modèle figé — c’est une base qu’ils déclinent selon les besoins, les envies, les terrains de jeu. Certains de leurs twins sont courts mais généreux en volume, pensés pour maximiser la rame, la relance, et la fluidité dans les petites conditions. D'autres, plus affûtés, adoptent un shape plus tendu, plus agressif, avec un vrai tempérament de performer. Pour ceux qui cherchent la glisse rétro avec du confort sous les pieds, le retro fish large et ultra stable s’impose comme un compagnon idéal, aussi joueur que rassurant.
Et puis, en parallèle, presque en filigrane depuis le début, ils développent quelques shapes de midlengths. Des shapes plus longs, au tempérament calme mais puissant, conçus pour prendre de la vitesse sans forcer, dessiner de longues courbes, carver et savourer chaque mètre de vague, efficaces dans des vagues petites ou molles, rassurants lorsque les conditions deviennent solides.
Ces planches, ils les ont affinées au fil des années, à force de sessions, de retours, de détails ajustés — jusqu’à créer une gamme cohérente, évolutive, toujours sur-mesure.
Côté construction, Faustine et Kevin n’ont jamais voulu faire de compromis. Leur choix s’est porté sur des matériaux plus propres, plus durables — mais aussi plus onéreux et plus exigeants à travailler. Les pains de mousse EPS qu’ils utilisent viennent de France, tout comme la résine époxy biosourcée. Exit les composants importés à l’aveugle depuis l’autre bout du monde. Chaque élément a été choisi pour sa traçabilité, sa qualité, et son impact réduit sur l’environnement.
Contrairement à ce que beaucoup croient, ce n’est pas le cœur de la planche qui lui donne sa solidité, mais surtout la manière dont il est enveloppé. Chez eux, le core EPS — plus léger, plus aéré — est renforcé par une fibre de verre plus dense et plus robuste que la norme, ce qui fait toute la différence à long terme.
Surtout, elles sont conçues pour durer, pour encaisser les sessions, pour bien vieillir : des planches qu’on n’oublie pas au fond d’un garage, parce qu’on a envie de les rider encore et encore.
Chaque année, des milliers de surfeurs investissent dans de nouvelles planches, souvent issues de grandes marques internationales. Esthétiques et performantes, ces planches semblent cocher toutes les cases. Pourtant, derrière leur apparente perfection se cache une réalité bien moins reluisante.
Produites à la chaîne dans des usines en Chine, en Thaïlande ou parfois aux États-Unis avec des matériaux bon marché, ces planches ne sont pas conçues pour durer. Résultat : après une saison ou deux, elles deviennent inutilisables, trop lourdes ou carrément cassées. Le surfeur retourne alors en boutique et réinjecte 600 francs, voire bien plus, dans une nouvelle planche — répétant un cycle sans fin.
Un paradoxe quand on sait que la culture surf se veut proche de la nature, respectueuse des océans et ancrée dans des valeurs éco-responsables. Car si les surfeurs se targuent d’aimer la mer, ils continuent à consommer des produits issus d’une industrie polluante et mondialisée, ignorant délibérément leur propre impact.
« Le surf, c’est la liberté, la nature, le respect », entend-on souvent. Mais au moment de choisir leur matériel, nombreux sont ceux qui tournent le dos aux shapers locaux et aux matériaux durables pour privilégier le marketing des grandes marques. Un choix dicté par la facilité, au détriment de l’éthique.
Ce comportement soulève une question dérangeante : les surfeurs sont-ils devenus les hypocrites d’un capitalisme vert de façade ? En négligeant les artisans passionnés, les petits ateliers et les circuits courts, ils contribuent à l’effacement progressif d’un savoir-faire local et responsable.
Aujourd’hui, seuls les géants de l’industrie semblent capables de survivre dans un système de consommation accéléré. Les autres, ceux qui misent sur la qualité, la durabilité et le respect de l’environnement, risquent de disparaître.
Il est temps d’ouvrir les yeux. D’assumer ses choix de consommation. Et peut-être, enfin, d’accorder ses valeurs avec ses actes.